Glaucome chez le chat : signes d'alerte et traitements
Un chat qui garde un œil mi-clos, dont la pupille reste dilatée en pleine lumière, ou qui hésite soudain dans ses déplacements : ces signes discrets peuvent trahir un glaucome, l’une des urgences ophtalmologiques les plus graves chez le chat. Contrairement au chien, le chat masque souvent sa douleur : jusqu’à 73 % des chats atteints sont déjà aveugles d’un œil au moment du diagnostic. Cet article détaille les causes, les symptômes, le diagnostic, les traitements, leur coût et le pronostic du glaucome félin. Pour les autres pathologies oculaires du chat, consultez notre article sur les maladies des yeux du chat.
En résumé : ce qu’il faut retenir
Si vous n’avez que deux minutes, voici l’essentiel à retenir avant d’entrer dans le détail :
- Le glaucome est une augmentation anormale de la pression intraoculaire qui détruit progressivement le nerf optique et la rétine.
- Chez le chat, la maladie est souvent silencieuse : peu de douleur visible, appétit conservé, ce qui retarde le diagnostic.
- Plus de la moitié des cas félins sont secondaires à une autre maladie de l’œil (uvéite, tumeur intraoculaire).
- Sans prise en charge rapide, la perte de vision devient irréversible en quelques heures à quelques jours.
- Le diagnostic repose sur la tonométrie et un examen ophtalmologique complet.
Qu’est-ce que le glaucome chez le chat ?
Définition
Le glaucome regroupe les maladies caractérisées par une dégénérescence des cellules ganglionnaires de la rétine et du nerf optique, menant progressivement à la cécité. Ce processus est le plus souvent déclenché par une augmentation de la pression intraoculaire (PIO), même si les mécanismes exacts restent, selon la littérature vétérinaire, plus complexes qu’une simple relation de cause à effet.
L’intérieur de l’œil est irrigué en permanence par l’humeur aqueuse, produite dans la chambre antérieure puis évacuée par un système de drainage naturel. Quand ce drainage se bloque, la pression dans le globe oculaire augmente. Chez le chat, la pression normale se situe entre 10 et 20 mmHg ; au-delà de 25 mmHg, on parle d’hypertension oculaire : c’est cette pression excessive, maintenue dans la durée, qui détruit les fibres du nerf optique.

Bon à savoir : chez l’humain, le glaucome se stabilise souvent durablement avec un traitement médical seul. Ce n’est pas le cas chez le chat, où l’effet des collyres hypotenseurs s’estompe plus vite, d’où le recours fréquent à la chirurgie.
Glaucome aigu et glaucome chronique
Le glaucome aigu correspond à une montée brutale de la pression oculaire. Chez le chien, il provoque une douleur intense et un œil rouge en quelques heures. Chez le chat, une crise aiguë peut passer relativement inaperçue : son œil tolère mieux une pression élevée que celui du chien, ce qui explique en partie les consultations tardives.
Le glaucome chronique s’installe sur plusieurs semaines ou mois, avec une douleur discrète, parfois quasi absente, mais des dégâts tout aussi réels sur le nerf optique et la rétine. C’est souvent lui qui est à l’origine des cécités découvertes tardivement chez le chat.

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Contactez Dr MilouQuelles sont les causes du glaucome chez le chat ?
Glaucome primaire
Le glaucome primaire n’est pas lié à une autre maladie oculaire : il touche l’œil directement, le plus souvent par une anomalie de l’angle de drainage (angle ouvert ou étroit). Chez le chat, cette forme reste rare et concerne surtout des animaux adultes ou âgés (âge moyen d’apparition autour de 10 ans), avec une atteinte généralement asymétrique entre les deux yeux.
Il existe aussi une forme congénitale, exceptionnelle chez le chat : une hérédité autosomique récessive a été identifiée chez des chats siamois, provoquant un glaucome bilatéral à évolution lente dès les premiers mois de vie.
Glaucome secondaire
Chez le chat, à la différence du chien, le glaucome secondaire est de loin la forme la plus fréquente. Il fait suite à une autre affection de l’œil qui perturbe le drainage de l’humeur aqueuse :
- dans plus de 50 % des cas félins, une tumeur intraoculaire (mélanome uvéal antérieur ou lymphome),
- une uvéite chronique, en particulier la forme lymphoplasmocytaire,
- plus rarement : un traumatisme oculaire, une hémorragie intraoculaire, une luxation du cristallin.
Cette prépondérance des causes tumorales et inflammatoires a une conséquence pratique : devant un glaucome félin, le vétérinaire ne cherche pas seulement à faire baisser la pression, il doit identifier la maladie sous-jacente, car elle conditionne le traitement et le pronostic.
Facteurs de risque
Certains éléments augmentent le risque de développer un glaucome ou d’en retarder le diagnostic :
- L’âge avancé : la majorité des cas surviennent chez des chats adultes à âgés,
- Des antécédents d’uvéite chronique, de traumatisme oculaire ou de cataracte évoluée,
- Une prédisposition génétique rare chez certaines lignées de chats siamois (forme congénitale),
- L’absence de suivi ophtalmologique régulier, qui retarde la détection d’une pression anormale avant l’apparition de symptômes francs.
Quels sont les symptômes du glaucome chez le chat ?
Chez le chat, les signes cliniques ne deviennent généralement visibles qu’à un stade déjà avancé. C’est la grande différence avec le chien, et ce qui rend le glaucome félin particulièrement traître : beaucoup de chats conservent un bon appétit et une activité normale, ce qui n’alerte pas toujours leur propriétaire.
Œil gonflé ou dilaté
Deux signes physiques sont particulièrement révélateurs :
- Augmentation du volume du globe oculaire (buphtalmie), qui traduit un stade déjà avancé,
- Asymétrie des pupilles, l’œil atteint présentant une pupille plus dilatée (mydriase) : c’est en réalité le signe le plus fréquemment rapporté chez le chat, avant même la douleur ou la rougeur.
Douleur et rougeur
Chez le chat, ces signes sont beaucoup plus rares et discrets que chez le chien, même en cas de glaucome aigu. Lorsqu’ils sont présents :
- Paupières mi-closes, larmoiement, procidence de la troisième paupière,
- Léger abattement,
- Oeil « voilé », d’aspect bleuté, qui traduit un œdème de la cornée.
Perte de vision
C’est souvent le signe qui pousse enfin à consulter : le chat hésite dans le noir, se cogne aux meubles, semble désorienté dans un environnement familier, ou évite de sauter. Malheureusement, quand la perte de vision devient perceptible, les dommages sur le nerf optique sont déjà, dans la majorité des cas, irréversibles.
Attention : un chat peut développer un glaucome évolué sans jamais présenter d’œil rouge ni de douleur manifeste. L’absence de ces signes « typiques » ne doit jamais être interprétée comme une absence de gravité chez cette espèce.

Le glaucome chez le chat est-il une urgence ?
Pourquoi chaque heure compte
Oui, sans réserve : toute suspicion de glaucome doit être traitée comme une urgence ophtalmologique.
Plus la pression intraoculaire reste élevée longtemps, plus les fibres du nerf optique sont comprimées et détruites. Ce processus s’accélère au-delà d’un certain seuil, avec un risque de perte de vision totale en quelques heures lors d’une crise aiguë sévère.
Risque de perte irréversible
Le nerf optique ne se régénère pas.
Contrairement à la cornée, qui peut cicatriser, les fibres nerveuses détruites par une pression excessive sont perdues définitivement. C’est ce qui distingue le glaucome d’autres urgences oculaires comme une simple conjonctivite : le pronostic visuel se joue en heures, pas en jours.
Comment diagnostiquer un glaucome chez le chat ?
Le diagnostic repose sur l’association de signes cliniques et d’une mesure objective de la pression oculaire. Chez le chat, une pression légèrement élevée isolée ne suffit pas toujours à conclure : la PIO varie naturellement, et la tonométrie a ses limites. D’autres examens permettent souvent de confirmer le diagnostic et d’en identifier la cause.
Examens nécessaires pour confirmer un glaucome
| Examen | Ce qu’il permet d’évaluer | Douleur / anesthésie |
|---|---|---|
| Tonométrie | Mesure de la pression intraoculaire (PIO) | Indolore, sans anesthésie |
| Examen ophtalmologique complet | Aspect de la cornée, de la pupille, réflexes visuels | Indolore |
| Gonioscopie | État de la zone de drainage (angle iridocornéen) | Anesthésie locale (gouttes) |
| Échographie oculaire | Masse intraoculaire, décollement de rétine | Parfois sédation légère |
| Examen du fond d’œil | État du nerf optique et de la rétine | Indolore, pupille dilatée |
| Sérologie / cytologie | Cause infectieuse ou tumorale (uvéite, lymphome) | Prélèvement sous anesthésie |
Tonométrie
La tonométrie est l’examen central du diagnostic : un petit appareil posé délicatement sur la cornée, après une goutte anesthésiante locale, mesure la pression à l’intérieur de l’œil. Indolore et rapide, il se réalise en consultation sans sédation. Une valeur supérieure à 25 mmHg oriente fortement vers une hypertension oculaire, toujours interprétée avec l’état clinique global de l’animal.
Examen ophtalmologique
Au-delà de la pression, un examen ophtalmologique complet observe la cornée, la réactivité des pupilles, une éventuelle inflammation, et recherche les signes d’une cause sous-jacente comme une uvéite ou une masse intraoculaire. En cas de suspicion tumorale ou de résistance au traitement initial, une orientation vers un ophtalmologiste vétérinaire spécialisé est recommandée.
Quel traitement pour le glaucome chez le chat ?
L’objectif est double : préserver la vision tant qu’elle est encore présente, et garantir le confort de l’animal, y compris lorsque la cécité est déjà installée. La stratégie dépend de la cause identifiée et de l’état visuel de l’œil au moment du diagnostic.
Traitement médical
En première intention, des collyres visent à faire baisser la pression intraoculaire. Contrairement à ce qu’on pourrait extrapoler du traitement humain ou canin, l’espèce féline répond différemment aux classes de médicaments :
- Inhibiteurs de l’anhydrase carbonique (dorzolamide) : les plus couramment utilisés et efficaces chez le chat,
- Bêta-bloquants (timolol) : considérés comme peu efficaces pour réduire la pression féline,
- Analogues de prostaglandines : peu fiables chez les chats sains, mais parfois efficaces chez certains chats déjà glaucomateux.
Conseil du vétérinaire : l’administration répétée de collyres, parfois à vie, est une contrainte réelle. Discutez avec votre vétérinaire des techniques pour la faciliter (moment de la journée, contention douce, alternance des mains), cela conditionne l’efficacité du traitement sur la durée.
Traitement chirurgical
Chez le chat, l’effet des traitements médicaux s’estompe souvent avec le temps, ce qui rend le recours à la chirurgie fréquent.
Si la vision est encore présente, une cyclophotocoagulation au laser peut réduire durablement la production d’humeur aqueuse. Les techniques classiques (laser transscléral, cyclocryothérapie) restent toutefois plus inconstantes chez le chat que chez le chien, et déconseillées en cas de glaucome secondaire à une uvéite ou une tumeur. La cyclophotocoagulation par voie endoscopique, plus récente, affiche de meilleurs résultats, avec un taux de succès rapporté autour de 90 % pour le contrôle de la pression et la préservation de la vision.
Lorsque la vision est définitivement perdue et la douleur non contrôlable médicalement, une énucléation (retrait du globe oculaire) est proposée. C’est un geste qui supprime durablement la douleur, sans empêcher le chat de mener une vie parfaitement normale. En cas de tumeur intraoculaire suspectée, cette chirurgie est souvent recommandée en première intention, avec analyse du globe retiré pour confirmer le diagnostic.
Gestion de la douleur
Que le traitement soit médical ou chirurgical, anti-inflammatoires et antalgiques adaptés à l’espèce féline sont systématiquement associés, en particulier lors des phases aiguës ou en période post-opératoire.
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Contactez-nousQuel est le prix d’une opération du glaucome chez le chat ?
Les montants ci-dessous sont donnés à titre indicatif : le prix exact dépend de la clinique, de la région, de la gravité et du protocole retenu. Seul un examen personnalisé permet d’obtenir un devis précis.
Coût du traitement médical
Deux postes de dépense principaux sont à prévoir :
- Consultation d’urgence avec mesure de la pression oculaire : entre 60 et 120 €,
- Traitement médical au long cours (collyres, anti-inflammatoires) : entre 20 et 50 € par mois.
Coût d’une chirurgie
Le budget varie fortement selon la technique retenue :
- Énucléation : entre 300 et 700 €, selon la complexité et l’analyse histopathologique demandée,
- Cyclophotocoagulation au laser (centre référent) : peut dépasser 1 000 à 2 000 €, compte tenu de l’équipement et de l’expertise nécessaires.
Facteurs influençant le prix
Plusieurs éléments font varier la facture finale :
- L’orientation ou non vers un ophtalmologiste vétérinaire spécialisé,
- Les examens complémentaires nécessaires (échographie, sérologie, cytologie),
- La région d’exercice et la technique chirurgicale retenue,
- L’origine du glaucome : un glaucome secondaire à une tumeur, nécessitant des examens poussés, coûte généralement plus cher qu’un glaucome pris en charge précocement par voie médicale seule.
Quel est le pronostic d’un chat atteint de glaucome ?
Peut-on sauver la vision ?
Le pronostic visuel dépend presque entièrement de la rapidité de la prise en charge.
Détecté à un stade précoce, avant des dommages majeurs au nerf optique, un traitement médical bien conduit ou une intervention au laser permet parfois de préserver une partie de la vision.
Mais dans la réalité clinique, la majorité des chats sont diagnostiqués à un stade où la vision de l’œil atteint est déjà largement compromise, d’où l’intérêt d’un dépistage précoce en cas de doute, même minime.
Espérance de vie
Le glaucome, même bilatéral, n’affecte pas directement l’espérance de vie d’un chat, sauf lorsqu’il est lui-même le symptôme d’une maladie plus grave (tumeur intraoculaire, maladie systémique).
Un chat devenu aveugle d’un œil, voire des deux, s’adapte remarquablement bien grâce à son odorat et à ses vibrisses, à condition que la douleur soit correctement contrôlée. L’enjeu du suivi vétérinaire n’est donc pas seulement de sauver la vision, mais de garantir un confort de vie durable, avec ou sans vision.
Quand consulter un vétérinaire en urgence ?
Consultez sans délai si votre chat présente un ou plusieurs de ces signes :
- Une pupille anormalement dilatée, ou de taille différente entre les deux yeux,
- Un œil qui semble plus gros ou plus proéminent que l’autre,
- Un œil « voilé » ou d’aspect bleuté,
- Une gêne à la lumière,
- Un changement de comportement évoquant une baisse de la vision (hésitations, chocs contre des objets).
Quand consulter en urgence ? : même en l’absence de douleur apparente (ce qui est fréquent chez le chat) ces signes justifient une consultation dans les heures qui suivent, pas dans les jours qui suivent.
En dehors des horaires d’ouverture habituels, contactez un service d’urgences vétérinaires ou une clinique de garde : le glaucome ne laisse pas le temps d’attendre le lendemain. Les vétérinaires Dr Milou, qui interviennent en tant que vétérinaire à domicile, peuvent également vous orienter rapidement.
Glaucome chez le chat : questions les plus posées
Le glaucome chez le chat est une maladie douloureuse sur le plan physiologique, car l’augmentation de pression comprime les tissus internes de l’œil. Cette douleur est cependant souvent moins visible que chez le chien : un chat glaucomateux peut sembler serein, garder un bon appétit, tout en souffrant réellement, ce qui rend la maladie difficile à repérer sans examen vétérinaire.
Un chat peut effectivement devenir aveugle à cause d’un glaucome non traité ou pris en charge trop tardivement, car la pression excessive détruit de façon irréversible les fibres du nerf optique. C’est l’une des principales causes de cécité féline documentées dans la littérature vétérinaire, en grande partie parce que le diagnostic intervient souvent après l’installation de lésions déjà avancées.
Le glaucome peut toucher les deux yeux chez le chat, en particulier lorsqu’il est lié à une maladie systémique ou à une prédisposition congénitale. Dans la majorité des cas de glaucome secondaire, l’atteinte reste toutefois unilatérale, l’autre œil restant sain à moins qu’une cause générale ne soit en jeu.
Un glaucome chez le chat peut effectivement récidiver après un traitement, notamment parce que l’efficacité des collyres hypotenseurs diminue souvent avec le temps dans cette espèce. Un suivi régulier de la pression oculaire reste recommandé même après une phase de stabilisation.
Un chat peut vivre normalement avec un glaucome dès lors que la douleur est correctement maîtrisée et qu’un suivi vétérinaire régulier est maintenu. De nombreux chats devenus aveugles d’un ou des deux yeux conservent une excellente qualité de vie, en s’appuyant sur leurs autres sens pour se repérer dans un environnement familier.
Sources
Cet article s’appuie sur les sources suivantes :
- École Nationale Vétérinaire d’Alfort (ENVA), Unité d’Ophtalmologie, Dr Sabine Chahory.
- McLellan GJ, Teixeira LB. « Feline glaucoma. » Vet Clin North Am Small Anim Pract, 2015.
- Maggio F. « Glaucomas. » Top Companion Anim Med, 2015.
- Jacobi S, Dubielzig RR. « Feline primary open angle glaucoma. » Vet Ophthalmol, 2008.
Les autres maladies des yeux du chat
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- Maladies des yeux du chat : symptômes et photos
- La conjonctivite chez le chat
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